Action sociale CHECHE

Lancée en octobre 1963 par les jésuites du collège Notre Dame de la Victoire, l’Action Sociale Cheche (ASC) fut destinée à regrouper les enfants marginalisés âgés de cinq à quinze ans sous l’encadrement du Père André DE RIDDER SJ, considéré alors comme aumônier. L’action fut nommée « œuvres des vagabonds » par le Père Recteur du collège, le Père PAUL CROONENBERGHS SJ. Ce nom ne fit pas trois mois, sans doute à cause de sa résonance de mépris, et fit place au nom CHECHE qui veut dire « Etincelle » avant d’arriver à la formulation qu’elle garde jusqu’à ce jour, à savoir « Action Sociale CHECHE »

L’Action se proposait d’aider ces enfants défavorisés et non scolarisés qui se disputaient les poubelles autour du collège à réintégrer la société en citoyens utiles et honnêtes. En décembre 1963, une centaine de ces enfants se retrouvaient régulièrement dans une maison dans le quartier Nguba de la commune d’Ibanda. En 1964, un deuxième groupe fut lancé dans le quartier populaire de Kadutu, et en 1966 un troisième dans le quartier Cahi. De p lus en plus de jeunes adolescents se joignirent aux pré-adolescents.

Une méthode à quatre bases fondamentales fut préconisée. La première méthode fut celle du travail. Un retour à la terre permit aux plus jeunes un travail simple et sain qui contribua finalement, par sa récolte, à la survie de l’ASC. Les jeunes de plus de 14 ans travaillèrent aux ateliers d’apprentissage (menuiserie, poterie céramique et sculpture) sous la conduite des amateurs qui mettait à leur disposition le collège Notre Dame.

La deuxième base fut celle de l’alphabétisation pour doter les jeunes du maximum possible des connaissances élémentaires (lire, écrire, calculer, bonne manière et savoir vivre). Les moniteurs furent des collégiens volontaires qui donnaient des cours en swahili. La troisième base fut récréative et consista à initier les jeunes dans les arts (jeux, chants, danses, gymnastique et sports). Cette base constitua une excellente préparation aux fêtes. La dernière base fut familiale. Des visites aussi fréquentes que possible furent faites aux familles pour garder  un contact et une influence sur les parents.

L’action ainsi initiée ne sembla pourtant pas efficace aux jeunes de plus de quinze ans qui retombaient dans la marginalité après leur réinsertion en milieu familial. L’Action ne semblait pas les avoir assez préparés à vivre.

Dès 1966 on pensa à mettre en place une formation professionnelle qui réponde à ce défi. Les événements de et 1967 retardèrent de deux ans la mise en route de ce projet. Puis pendant plusieurs années (1970-1975), les orientations de la politique du pays mirent en question les actions éducatives « privées ». L’Action  poursuivit cependant l’alphabétisation pour les pré-adolescents et l’artisanat (couture, menuiserie, poterie) pour les adolescents.

A partir de 1976, l’Action prit une orientation nouvelle. L’extension du réseau scolaire dans le pays réduisit le problème des enfants et jeunes défavorisés. Par contre un nombre considérable des jeunes étaient éjectés du système scolaire classique. Pour ceux-ci fut développée la formation professionnelle. L’alphabétisation disparut en 1980, faute de combattants. La coupe-couture fit en 1993. De la première époque il ne reste que le home d’accueil de Nguba qui prend en charge l’éducation des jeunes abandonnés par le milieu familial.

L’Action poursuit avec soin à ce jour la formation professionnelle basée sur une pratique intensive, complétée par une formation théorique et une formation humaine qui donne aux jeunes un métier qui leur permet de faire face à leur avenir. Les spécialistes proposées aujourd’hui sont : la menuiserie – ébénisterie, le bâtiment – construction et l’ajustage – soudure – mécanique auto.

Le climat de la formation, exigeant mais familial, permet aux jeunes, souvent marqués par une série d’échecs scolaires et d’échecs dans la vie, de reprendre confiance en eux-mêmes. Ils apprennent la joie de réaliser un travail beau et bien fait, et de vivre avec d’autres dans une discipline de travail librement assumée. En ces jeunes se développe tout l’homme, c’est-à-dire les mains, la tête et le cœur.

A côté de ces trois centres de formation aux métiers, l’Action dispose de quatre services d’autofinancement : les chantiers de construction, la location de camions-bennes, le garage automobile et les machines à bois. Loin d’un but lucratif, ces services ont une triple finalité, à savoir apporter un revenu pour assurer la formation de jeunes, offrir aux jeunes un espace e pratique professionnelle et mettre à la disposition de la population différentes formes de technicités dans la réalisation de leurs projets.

Pour l’Archidiocèse de Bukavu, l’Action Sociale CHECHE est un véritable outil de lutte contre la pauvreté, le chômage et la délinquance. Les activités d’autofinancement pour la prise en charge des jeunes inscrits à l’Action et les services généraux pour le bon fonctionnement de l’ensemble constituent une aide fiable au développement économique des familles et communautés religieuses de l’Archidiocèse. La réussite de l’Action est une œuvre de franche collaboration entre jésuites et laïcs qui encadrent en moyenne 200 jeunes par an. Les jeunes qui en sortent deviennent des propagateurs des graines de développement économique, notamment en matière d’infrastructures immobilières.